Raoul Adam, de la photographie à Cheltenham

Raoul Adam à l'élevage de la Grugerie.

Raoul Adam à l’élevage de la Grugerie.

Sire de Grugy est né et a grandi à Pouancé. Aujourd’hui, le cheval de la famille Adam défraye la chronique anglaise. Le poulain de la Grugerie a réussi l’exploit de remporter le Queen Mother Champion Chase. L’une des courses les plus prestigieuses d’obstacle en Angleterre, à Cheltenham. Son éleveur Raoul Adam a un parcours aussi atypique que celui de son cheval.

Entre la photographie ou les chevaux Raoul Adam a dû choisir. Il a pris les deux. La photo dans un premier temps, puis l’élevage des chevaux en 2007. Sa reconversion des labo photo aux trente hectares de la Grugerie, il la doit à l’arrivée du numérique mais aussi à ses quatre frères.

Les parents Adam étaient installés depuis des années près de Senonnes. Comme leurs chevaux, les fils Adam sont nés à la Grugerie. « Mais est venu le jour où ils devaient quitter l’exploitation à la vue de leur âge avancé », explique Raoul Adam. Avec ses frères, Denis, Richard, Patrick et Antoine ils ne veulent pas abandonner la demeure familiale, surtout pour Antoine, qu’une maladie sournoise éloigne encore de jour en jour de la Grugerie.

Une belle histoire de famille

Afin de conserver les souvenirs de leur frère les quatre autres décident d’entretenir la propriété et de faire perdurer l’élevage avec ses trois poulinières. Raoul est alors propriétaire de trois magasins de photographie. Le numérique met l’argentique à la porte, Raoul prend conscience que le vent est en train de tourner. Il décide de vendre deux de ses magasins, de poser son appareil photo et d’enfiler des bottes d’éleveur de chevaux de course.

« À la base, j’étais plus tourné vers l’élevage de trotteurs mais je n’avais pas les souches, alors j’ai opté pour l’obstacle qui permet aussi aux petits éleveurs de s’en sortir », confie Raoul Adam. Son père détenait une jument Autre Que Pur-Sang (APQS), nommée Hirlish, la mère du futur Sire de Grugy. La marque de fabrique de l’élevage de la Grugerie « ce sont leur manque de précocité et leur fort caractère», avoue l’éleveur.

Un poulain tardif

Et l’alezan Sire de Grugy ne manque pas à la règle. « Lorsqu’il avait un mois et demi, je le trouvais lymphatique avec un air tristounet, j’ai réalisé une prise de sang, mais tout était en ordre ! Arnaud Bedouet, l’a pré-entraîné à Craon avant d’aller chez Joël Boisnard qui s’est occupé de ses premiers entraînements mais Sire n’était vraiment pas mature…», se remémore l’éleveur.

Il décide donc de l’essayer à l’obstacle et le place à l’entraînement chez Serge Foucher « qui a façonné l’excellent cheval Kauto Star devenu aussi anglais », rappelle-t-il.

 Exporté à deux ans

Sire de Grugy montre encore de la résistance au travail mais ne laisse pas encore éclater son talent. « Par l’intermédiaire d’un courtier local, Joffrey Huet, l’entraîneur Gary Moore a acheté notre poulain. C’était bien pour l’élevage mais aussi frustrant de se dire que l’on ne pourrait pas aller le voir courir le dimanche », raconte Raoul. On est alors en 2008, Sire de Gurgy a deux ans et n’a encore jamais découvert un hippodrome.

Une fois exporté en Angleterre ses acheteurs « une famille anglaise et leurs amis » ont dû se montrer patients. Car Sire de Grugy avec son allure « de gros bœuf » n’a pas encore le physique pour disputer l’arrivée jusqu’en 2010. Où dès ses débuts à Sandown puis à Kempton Park, il montre de belles dispositions. Il remporte son premier groupe II, en février 2011, avant d’atteindre le niveau supérieur : groupe I. « En avril 2013, nous ne nous étions pas déplacés pour le voir courir. Nous piaffions d’impatience», avoue l’éleveur. En décembre dernier, la famille Adam ne refait pas la même erreur et traverse la Manche pour voir courir leur champion. «Quand on a goûté une fois à la ferveur des courses hippiques anglaises, nous n’avons qu’une envie : y retourner », confie Raoul Adam.

60 000 personnes pour Sire de Grugy

Paré d’écharpes, de cravates et de banderoles aux couleurs rouge et bleu de la casaque de leur cheval, le clan Adam vibre au milieu des 60 000 spectateurs venus voir le poulain de Pouancé. Mercredi de la semaine dernière, à Cheltenham tout le monde a fait le déplacement pour voir Sire de Grugy rafler l’une des plus belles courses du programme d’obstacles anglais. « Je n’en reviens pas que le nom du cheval que j’ai élevé, qui a galopé dans nos prés à Pouancé sera gravé dans le marbre du musée de Cheltenham », révèle Raoul.

Cette victoire ne change rien pour l’éleveur. « À part donner un peu plus de crédibilité et de visibilité à l’élevage. Même si je suis plus détendu sur l’aspect financier, je sais que je vais encore connaître les galères de l’élevage.» Comme l’an dernier quand Hirlish, la mère de Sire est morte en poulinant. La petite pouliche Diane de Grugy, sera préservée pour l’élevage. Mais ce qui rend le plus fier l’éleveur : «Transmettre l’élevage à mes trois enfants, comme mes parents l’ont fait pour leurs cinq fils…».

Marion Dubois

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