Patrick Chevillard : le professeur d’Al Bucq et Monsamou

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Rencontré l’hiver dernier avant la participation d’Al Bucq dans le Grand Steeple-Chase d’Enghien, Courses épiques était allé à la rencontre de l’entraîneur installé à Dragey. Après la victoire de Monsamou dimanche dernier, dans le Grande Course de Haies de Pau, c’est l’occasion de redécouvrir le portrait de Patrick Chevillard. Rencontre avec un entraîneur qui n’hésite pas à comparer une écurie avec une école maternelle.

« Les chevaux sont comme des gosses qui n’ont pas la parole. Je les entraîne de la même façon que j’élève mes enfants », annonce Patrick Chevillard, 48 ans. Le ton est donné. L’entraîneur de Dragey ne fait pas dans la dentelle. « J’ai mon franc parler ça plaît ou pas, c’est comme ça » renchérit-il. Derrière son air bougon, Patrick Chevillard est un fin psychologue de la race équine. D’ailleurs cette réputation lui colle un peu à la peau, « je récupère beaucoup de chevaux qui sont stressés, craintifs, ou spéciaux mentalement », explique-t-il. C’est le cas d’Al Bucq. « Nous l’avons reçu car il est très compliqué et ce depuis qu’il est poulain ». En effet, dès le débourrage il s’est cassé la mâchoire en se la coinçant dans son box. Puis, il s’est abîmé un tendon en prenant peur alors qu’on le sellait. Son entourage lui a laissé le temps de mûrir et aujourd’hui il est récompensé. « Il est difficile à gérer mais avec le temps il s’assagit », note son entraîneur. Ses premiers parcours se déroulent en progression, le cheval est positionné à l’arrière-garde, à l’écart des autres. « Il court toujours avec le bonnet et les oreilles bouchées. Il est ainsi plus relax », confie-t-il.  Al Bucq est actuellement le  bon cheval de l’écurie avec Monsamou, mais l’entraîneur de Dragey a déjà connu la gloire.

Lauréat d’un groupe I

En 2001, tous les regards se sont braqués sur lui après sa victoire avec Germinis, dans le prix du Cadran (groupe I). « J’ai osé courir cette grande course, alors que j’étais un petit entraîneur de province. Mais le ridicule ne me fait pas peur, et j’ai bien fait d’oser » se rappelle-t-il. La belle histoire était loin d’être écrite d’avance. Avant d’être entraîneur, Patrick Chevillard accueillait des chevaux pour de la remise en forme, du pré-entraînement, étant installé dans la baie du Mont St-Michel. « Son propriétaire me l’avait confié en thalassothérapie afin qu’il récupère après un problème de jambe. Il avait failli être condamné».  Son état de santé s’améliorait, son propriétaire a décidé de lui laisser. « Il a repris l’entraînement gentiment. J’avais une bonne jument à l’époque qui s’appelait Dressbaby, elle venait de gagner un handicap à Maisons-Laffite. Un matin, je faisais leader avec Germinis, la jument devait venir en progression dans la dernière ligne droite. Il s’agissait de son dernier travail avant sa course. Elle n’a jamais pu me rattraper… ». L’entraîneur prend alors conscience qu’il a un bon cheval entre les mains. Germinis n’a montré par la suite  aucune difficulté à monter les marches jusqu’au niveau suprême.

Onze ans après, Patrick Chevillard reconnaît que gagner un groupe I est « une satisfaction personnelle », mais rien de plus . Germinis coule des jours heureux, avec Escort Boy, sous les fenêtres de son ex-mentor. « Tous les matins, quand j’ouvre mes volets, j’ai un million d’euros qui se promène dans le champs ! », plaisante-t-il en faisant référence aux allocations totales perçues par les chevaux pendant leur carrière. Il s’occupe aussi bien des chevaux d’obstacles que de plat depuis 1994, mais il avoue sans mal avoir une préférence pour la première discipline. D’ailleurs, à l’instar de Jérôme Follain ou Patrice Quinton, Patrick Chevillard entraîne dans les dunes, qui sont propices à la préparation de chevaux d’obstacles. C’est à quelques kilomètres des dunes, à Jullouville, qu’il entraîne ses chevaux de plat sur la plage « le sable ressemble à une PSF» (piste en sable fibré, NDLR).

« Se maintenir jusqu’à la retraite »

Les méthodes de préparation de Patrick Chevillard ne changent pas. « J’ai été l’un des premiers à travailler en fractionné. Cela m’a valu la réputation d’être dur avec mes chevaux car j’étais le seul à faire ça. Je n’estime pas être dur avec eux mais au contraire patient, et à leur écoute. Je m’adapte à la progression du cheval, et définit une préparation selon ses aptitudes », affirme-t-il. Néanmoins, un cheval délicat qui ne se soumet pas à l’autorité a le droit à un cours particulier. « Si l’un de mes chevaux ne veut pas céder, je prends le temps nécessaire mais je fais tout pour qu’il se soumette à moi. Une écurie c’est une école maternelle, on apprend le travail aux chevaux. Il y a des élèves perturbateurs, travailleurs, discrets. C’est au professeur de s’adapter au comportement et de prendre la décision adéquate », compare l’entraîneur.

Si Patrick Chevillard pouvait donner une leçon, il chercherait à redonner de la motivation aux jeunes recrues du métier. Aussi bien aux lads, qu’aux jeunes jockeys. Au risque de passer pour un râleur nostalgique, il n’hésite pas à répéter que « les jeunes manquent de motivation », et « ne voient que l’aspect financier du métier ». Trois cavaliers l’aident à sortir ses chevaux, ainsi que sa femme très présente à ses côtés dans la gestion de l’écurie. Patrick Chevillard ne fait pas partie des entraîneurs debout le long des pistes à regarder ses pensionnaires travailler. « Le jour où je ne peux plus monter j’arrête », déclare l’ancien apprenti d’Alain Claude. Il ajoute : « j’ai besoin de monter mes chevaux pour les ressentir. Je les monte tous au moins une fois ». Il gère une vingtaine de chevaux en même temps, mais quarante passent par son écurie dans l’année. Un roulement s’opère entre les chevaux qui affectionnent les terrains lourds en hiver, et ceux de terrains légers en été. Il laisse également du temps aux chevaux qui le réclament. « Cet effectif me convient parfaitement. J’ai eu plus de 40 chevaux mais le rythme était infernal. Le nombre de réunions en constante augmentation ne facilite pas notre tâche», avoue-t-il.

Celui qui a été habitué à reproduire ce que ses uniques patrons Alain Claude et Raymond Godard lui ont apprit, doit s’adapter aux évolutions du métier. Avec un seul but en tête « se maintenir jusqu’à la retraite », et continuer son combat pour mener à bien son écurie. Avec son franc parler Patrick Chevillard, le gère en maître. Mais sans oublier qu’avant d’être maître, il faut avoir été élève…

Marion Dubois

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