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Jean-Michel Lefebvre : « Je suis très proche de mes chevaux »

Ancien jockey d’obstacle, notamment de Cyborg, assistant entraîneur de Jean-Paul Gallorini et d’H-A Pantall pendant 4 ans, Jean-Michel Lefebvre a un CV bien rempli. Entraîneur public depuis 2010, il présente Green Byron, dimanche, dans le prix du Lys (groupe III).

Quand avez-vous décelé le potentiel de Green Byron?

Dès que je l’ai eu à l’entraînement, au début du printemps. Cela se voit assez vite quand un cheval a de la qualité, ou non. Depuis son arrivée, je me suis attelé à le faire progresser. Son propriétaire, monsieur Loungar, avait décidé de changer d’entraîneur. C’est grâce à Johann Berthelot, propriétaire de Tostaky Blue (gagnant d’un quinté à Cagnes-sur-Mer en février, NDLR), que nous nous sommes rencontrés, et c’est ainsi que Green Byron est arrivé dans mon effectif.

 Et vous, d’où tenez-vous le virus des chevaux?

J’avais en face de ma fenêtre de chambre un club hippique, dans l’Est d’où je suis originaire. J’ai très vite pris des cours et commencé à déserter les bancs de l’école pour aller au club… Grâce à une émission de télévision, j’ai découvert les courses hippiques. Je suis entré à l’école des jockeys, à Maisons-Laffite, en 1973. Cela fait déjà 40 ans…

Quel a été votre parcours en tant que jockey?

J’ai commencé mon apprentissage chez monsieur Riou, avant d’entrer au service de Bernard Secly. J’ai perdu ma décharge en obstacle, grâce à lui. Puis j’ai découvert la famille Collet, en collaborant d’abord avec Robert, puis je suis resté 7 ans chez Gérard, en tant que premier jockey.

 Quels sont vos meilleurs souvenirs en course?

Il y a deux chevaux qui ont marqué ma carrière. Cyborg, qui était un grand cheval appartenant à Rémi Cottin et Philippe Lorain. J’ai remporté avec lui le Grand Steeple-chase des 4 ans, et j’ai pu participer à l’arrivée du Grand Steeple-Chase de Paris. Puis, j’ai croisé la route de Salute. J’ai eu la chance de le monter aux États-Unis à deux reprises, notamment dans la Colonial Cup, (course de steeple-chase, NDLR) en 1985, où je me classe deux fois deuxième.

Comment avez-vous préparé votre passage du métier de jockey à celui d’entraîneur?

Je suis d’abord devenu assistant chez William James Cargeeg. Puis en 1991, j’ai sauté le pas, et je me suis installé à mon compte, à Chantilly. J’entraînais aussi bien des chevaux de plat que d’obstacle. J’ai déménagé mon écurie à Maisons-Laffite, en 1995 avant d’arrêter mon activité, en 2000, pour des raisons financières.

Comment avez-vous rebondi?

Ma passion pour les chevaux a toujours été présente. Je suis alors entré comme assistant-entraîneur chez Jean-Paul Gallorini, avant de saisir une nouvelle opportunité dans l’Ouest. J’avais appris qu’une place d’assistant se libérait chez HA Pantall. J’ai tenu 4 ans, même si c’était un travail très difficile. Il y a beaucoup de pression dans les grosses écuries. Cependant, cela reste l’une de mes meilleures expériences de ma carrière. J’ai beaucoup appris auprès de ce professionnel.

Depuis combien de temps êtes-vous de nouveau à votre compte?

Je suis entraîneur public depuis 2010, à Jarzé (49). Mais entre temps j’ai été entraîneur privé pour Jean-Claude Laisis. J’ai désormais 25 chevaux que je prépare uniquement en plat. J’ai beau avoir été jockey d’obstacle, je trouve qu’il y a trop de chevaux qui se blessent. Et je suis trop attaché à eux…

Vous avez l’air profondément amoureux de vos chevaux…

Oui, je suis très proche de tous mes pensionnaires. Aussi bien les meilleurs que les moins bons. J’ai besoin de les toucher, de les monter. J’ai eu des passages où je me suis lassé des chevaux, mais je suis toujours revenu vers eux.

Quelles sont vos projets à venir?

Prendre ma retraite dans 10 ans ! Plus sérieusement, j’ai l’un de mes fils qui s’intéresse aux chevaux. Il souhaite monter en course, mais d’abord j’aimerais qu’il suive des études. Il pourra débuter en tant que gentleman-rider, avant d’être jockey. S’il peut prendre la suite de mon écurie, ça serait bien. Mais je veux qu’il fasse son choix pour lui, et non pour me faire plaisir…

Marion Dubois

Être entraîneur, cela s’apprend-t-il ?

Pour devenir entraîneur, il ne suffit plus d’avoir quelques chevaux, des propriétaires, l’accès à une piste et un beau chapeau. Depuis quelques années, il faut désormais détenir une licence qui s’obtient après de longues semaines de révision. Un passage obligé qui peut faire grincer des dents.

Entraîneur de chevaux de course requiert un apprentissage complet.

Devenir entraîneur de chevaux de course requiert un apprentissage sérieux et complet.

 

Retourner sur les bancs de l’école. Les entraîneurs de demain qui auront des élèves équins sous leur responsabilité doivent remettre le nez dans les bouquins, pendant les semaines de formation organisées par l’Afasec*. Pour l’obtention d’une licence d’entraîneur professionnel en France, cinq semaines de cours théoriques sont nécessaires au galop, contre deux au trot. « Mais cela risque de s’allonger pour les trotteurs », annonce Jean-Luc Robert en charge de la formation.

Pour avoir accès à la formation théorique qui comprend des cours sur la connaissance du Code des Courses au Galop ou au Trot, la gestion sociale, la gestion économique et commerciale, la santé du cheval à l’entraînement, des notions de communication et la capacité à concevoir un projet d’installation, il faut obtenir la note minimale de 10/20 au pré-stage. Puis, les candidats doivent se soumettre de manière anonyme, à un contrôle de connaissances également noté sur 20. Au galop, si le candidat a au-delà de la moyenne, il peut présenter son projet d’installation devant un jury composé d’un commissaire de la société-mère, d’un entraîneur en activité, d’un représentant de l’Afasec, et d’un directeur d’un centre de gestion. Au trot, tous les candidats accèdent à l’oral et recevront un avis favorable ou défavorable à leur projet d’installation.

 Une évolution du stage possible

Au galop, la formation semble plus ardue qu’au trot. Il suffit de comparer les chiffres. Lors de la dernière session les 15 inscrits pour être entraîneur de trotteurs ont été reçus, contre deux sur 17 au galop. La sélection s’est réalisée dès le pré-stage qui existe que dans le galop. « Il faut que l’on révise le code des courses, et des livres sur l’hippologie, avant même que l’on nous enseigne tout ce que l’on nous demande. C’est comme si l’on disait à un enfant de passer en classe supérieure, alors qu’il ne connaît même pas le programme de l’année précédente ! », compare un jeune postulant à la licence d’entraîneur public. Les candidats doivent répondre à des questions sur des thèmes très variés, voire pointilleux. « Une des questions qui m’a marquée est la suivante : combien de chromosomes a un cheval ? Je l’ai posé à beaucoup de professionnels en activité, aucun n’étaient en mesure de me donner la réponse », explique Charley Rossi, postulant à deux reprises au pré-stage. L’assistant de Christiane Head-Maarek ajoute : « il faudrait revoir ce questionnaire que je juge inutile ». Justement, il a évolué suite au faible taux de réussite jamais enregistré lors de la précédente session, il comportera 90 questions, et non plus 120, et le choix des réponses sera limité. « Nous sommes en concertation avec les représentants du syndicats des entraîneurs et l’Afasec pour faire évoluer ces stages en fonction des recommandations », explique Prudence Lefeuvre, responsable du service des Licences à France Galop. Elle complète : « des professionnels arrivent les mains dans les poches , sûres de leurs connaissances équestres. Or, ce sont deux choses différentes. Certes, il faut être un Homme de cheval mais il faut aussi savoir gérer une entreprise ». A noter que la plupart des candidats au pré-stage, en vu d’intégrer la formation longue de cinq semaines, travaillent déjà dans une entreprise de course, cela fait d’ailleurs partie des critères de sélection, et doivent concilier révision, vie de famille et leur travail.

 Limiter le nombre d’entraîneurs en France

Le stage pour l’obtention d’une licence d’entraînement aussi bien au trot qu’au galop existe depuis une quinzaine d’années, et coûte environ 2500 euros. Il a été créé pour « labelliser les entraîneurs en tant que chef d’entreprise, avec une responsabilité salariale et économique, mais aussi pour limiter le nombre d’installations », reconnaît Jean-Luc Robert instigateur de ces formations pour les trotteurs et les galopeurs. Il poursuit : « les candidats sont de plus en plus nombreux, et les stages sont pleins. Il y a deux sessions par an pour les galopeurs, trois pour les trotteurs, je pense que former une quarantaine de professionnels par an, comme c’est le cas actuellement, c’est trop. Il faudrait limiter l’obtention de la licence à 10 ou 15 nouveaux entraîneurs par an ». Cela peut paraître aberrant d’empêcher des passionnés de se lancer dans leur choix de carrière. Jean-Luc Robert se défend : « Je comprends que c’est un métier de passion, mais combien ont le sens des réalités ? Je veux que les entraîneurs soient davantage pris au sérieux , notamment auprès des banques. Je préfère avoir 10 entraîneurs par an bien formés, que 40 qui mettent la clé sous la porte ». Pour autant des exceptions confirment la règle. Valérie Seignoux, par exemple, lauréate d’un groupe I avec Les Beaufs, mais aussi détentrice d’un fort taux de réussite avec tous ses partants, ne possède pas une licence d’entraîneur public. « J’ai eu mon écrit dès ma première tentative en 2009, puis je n’ai pas été reçue à l’oral. Je suis retournée en 2010, où j’ai dû représenter mon projet d’installation, qui une nouvelle fois n’a pas été validé. Selon le jury, ma famille est trop présente dans l’activité de mon écurie. Je trouve cette décision éloignée de la réalité», confie-t-elle. Le seul statut auquel elle a droit avant de repasser devant le prochain jury, est celui d’entraîneur particulier. « J’aimerais devenir public pour faire plaisir à des amis qui sont propriétaires chez moi, et pourraient ainsi voir leurs couleurs courir », explique Valérie Seignoux. Peut-être faudrait-il s’inspirer des trotteurs qui « au bout de 5 ans en tant qu’entraîneur particulier avec résultats à l’appui peuvent prétendre à la licence d’entraîneur public sans passer le stage de formation », explique une responsable du syndicat de entraîneurs de trot.

Prendre en compte l’expérience de chacun, et les résultats sur la piste éviterait peut-être un écrémage aussi sévère. Dans une logique de maintien de l’activité hippique tous les maillons de la chaîne sont importants. Or, si l’on freine certains professionnels à vivre de leur passion, qui entraînera nos chevaux de demain ?

Marion Dubois

 *Association de Formation et d’Action Sociale des Ecuries de Course

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